Café philo

Voici les textes pour prolonger le débat du jeudi 2 octobre. A méditer sérieusement !!

 

L’attachement pour les choses inanimées ne se nomme pas amitié, puisqu’il n’y a pas attachement en retour, ni possibilité pour nous de leur désirer du bien (il serait ridicule sans doute de vouloir du bien au vin par exemple ; tout au plus souhaite-t-on sa conservation, de façon à l’avoir en notre possession) ; s’agit-il au contraire d’un ami, nous disons qu’il est de notre devoir de lui souhaiter ce qui est bon pour lui. Mais ceux qui veulent du bien à un autre, on les appelle bienveillants quand le même souhait ne se produit pas de la part de ce dernier, car ce n’est que si la bienveillance est réciproque qu’elle est amitié. Ne faut-il pas ajouter encore que cette bienveillance mutuelle ne doit pas demeurer inaperçue ? Beaucoup de gens ont de la bienveillance pour des personnes qu’ils n’ont jamais vues mais qu’ils jugent honnêtes ou utiles, et l’une de ces personnes peut éprouver ce même sentiment à l’égard de l’autre partie. Quoiqu’il y ait alors manifestement bienveillance mutuelle, comment pourrait-on les qualifier d’amis, alors que chacun d’eux n’a pas connaissance des sentiments personnels de l’autre ? Il faut donc qu’il y ait bienveillance mutuelle, chacun souhaitant le bien de l’autre ; que cette bienveillance ne reste pas ignorée des intéressés [...].

 

Aristote, Ethique à Nicomaque, (IVe s. av. J.-C.)


 

« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba entre les mains de brigands qui le dépouillèrent... Or, il se trouva qu’un prêtre descendait par ce chemin-là... Un lévite aussi vint... Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de lui, et l’ayant vu, il fut touché de compassion... Lequel de ces trois te paraît avoir été le prochain de celui qui était tombé entre les mains des brigands ? » [...] Ce qui, d’abord, est étonnant, c’est que Jésus répond à une question par une question, mais par une question qui s’est inversée par la vertu corrective du récit. Le visiteur demandait : « Qui est mon prochain, quel espèce de vis-à-vis est mon prochain ? » Jésus retourne la question en ces termes : Lequel de ces hommes s’est comporté comme prochain ?[...]Il lui est répondu que le prochain n’est pas un objet social, mais un comportement de première personne. Le prochain, c’est la conduite même de se rendre présent. C’est pourquoi le prochain est de l’ordre du récit : il était une fois un homme qui devint le prochain d’un inconnu que des brigands avaient assommé. Le récit raconte une chaîne d’événements : une suite de rencontres manquées et une rencontre réussie ; et le récit de la rencontre réussie mûrit dans un ordre : « Va et fais de même. » La parabole a converti l’histoire racontée en paradigme d’action. Il n’y a donc pas de sociologie du prochain ; la science du prochain est tout de suite barrée par une praxis du prochain ; on n’a pas de prochain ; je me fais le prochain de quelqu’un. [...] La pointe de la parabole, c’est que l’événement de la rencontre rend présente une personne à une personne. Il est frappant que les deux hommes qui passent outre sont définis par leur catégorie sociale : le prêtre, le lévite. Ils sont eux-mêmes une parabole vivante : la parabole de l’homme en fonction sociale, de l’homme absorbé par son rôle, et que la fonction sociale occupe au point de le rendre indisponible pour la surprise d’une rencontre ; en eux, l’institution - l’institution ecclésiale précisément - obture l’accès à l’événement. Le Samaritain [...], catégorie de la non-catégorie, n’est pas occupé, il n’est pas préoccupé à force d’être occupé : il est en voyage, non encombré par sa charge sociale, prêt à changer de route et à inventer un comportement imprévu ; disponible pour la rencontre et la présence. Et la conduite qu’il invente est la relation directe d’ homme à homme.

 

Paul Ricoeur, Histoire et vérité, (1967).



Les hommes n’ont pas, comme les animaux, le seul désir de persévérer dans leur être, d’être-là à la façon des choses, ils ont le désir impérieux de se faire reconnaître comme conscience de soi, comme élevés au-dessus de la vie purement animale, et cette passion pour se faire reconnaître exige à son tour la reconnaissance de l’autre conscience de soi. La conscience de la vie s’élève au-dessus de la vie [...]. Que les hommes, selon l’expression de Hobbes, soient « des  loups pour l’homme », cela ne signifie pas que, comme les espèces animales, ils luttent pour leur conservation ou pour l’extension de leur puissance. En tant que tels ils sont différents, les uns plus forts et les autres plus faibles, les uns plus ingénieux,  et les autres moins, mais ces différences sont inessentielles, elles sont seulement des différences vitales. La vocation spirituelle de l’homme se manifeste déjà dans cette lutte de tous contre tous, car cette lutte n’est pas seulement une lutte pour la vie, elle est une lutte pour être reconnu, une lutte pour prouver aux autres et se prouver à soi-même qu’on est une conscience de soi autonome, et l’on ne peut se le prouver à soi-même qu’en le prouvant aux autres et en obtenant cette preuve d’eux. Cette lutte contre l’autre peut bien avoir de multiples occasions qu’évoqueront les historiens ; mais ces occasions ne sont pas les motifs véritables d’un conflit qui  essentiellement est un conflit pour la reconnaissance. Le monde humain commence là : « c’est seulement par le risque de sa vie qu’on conserve sa liberté, qu’on prouve que l’essence de la conscience de soi n’est pas l’être, n’est pas le mode immédiat dans lequel la conscience de soi surgit d’abord, n’est pas son enfoncement dans l’expansion de la vie ; [...] on prouve qu’elle est seulement un pur être pour soi », l’existence de l’homme, de cet être qui est continuellement désir et désir du désir, se dégage ainsi de l’être-là vital. La vie humaine apparaît d’un ordre différent et les conditions nécessaires d’une histoire sont ainsi posées. L’homme s’élève au-dessus de la vie qui est pourtant la condition positive de son émergence, il est capable de mettre sa vie en jeu se libérant par là même du seul esclavage possible, celui de la vie.

Jean Hyppolite, Genèse et Structure de la Phénoménologie de l’esprit de Hegel


Ce jeudi 7 février, un café-philo était au programme.
Le thème était la politique et la morale

Dans l'article suivant, je vais récapituler quelques idées du débat. Bonne lecture...

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Importance de la politique pour le citoyen

Citation d'Alain : "Il faut penser à la politique. Si nous ne y pensons pas assez, nous serons punis".

Importance de la politique pour les citoyens.
Le moment du vote est important pour les citoyens. En France, la population est généralement desintéressée par la politique.

Mais des hommes et des femmes doivent s'intéresser à la vie en société (politique, association...)


Pour les citoyens, la vie politique se réduit à l'isoloir.
Néanmoins, sa responsabilité morale de citoyen devrait l'amener à faire l'effort de chercher, de prendre partie dans la vie sociale et donc la vie politique.

Société actuelle de "normes et de procédures "

Notre objection de conscience peut mettre en péril notre vie.
Il faut savoir occuper le débat mais en ayant un discours bien fondé.
Le débat fait la richesse, le coeur et la chance de la vie politique.

La société actuelle peut être qualifié de "société de normes et procédures".

L'homme ne peut découvrir la vérité à travers l'extérieur mais plutôt par soi-même.

Malgré cela, beaucoup de gens adhérent "par norme" à une position (lors du vote par exemple) qui n'est pas la sienne, mais celle d'un groupe.

De même, le choix familial joue beaucoup. Le choix politique se fait ainsi en fonction de la famille dans bien des cas.

La politique peut-elle concilier la morale ?

Le vote est souvent difficile pour le citoyen. 
Pour qui voter ? Faut-il faire abstraction à la morale ( et ainsi voter pour ces intérêts, pour celui qui nous plait le plus ...) ?
Le vote en général est accordé selon la confiance accordée au candidat.

On ne peut réduire généralement un programme politique à une idéologie. Toutes les autres questions ne se résolvent pas de manière technique.

Par définition, la politique est la gestion d'une communauté.
L'exercice du pouvoir peut poser alors beaucoup de problèmes. 

Souvent, les politiques changent de point de vue (est-ce pour le pouvoir, l'argent, la vanité, l'intérêt ?).
Néanmoins, prendre en charge les affaires politiques, ce n'est pas rien.
Tout l'art de la politique réside dans l'art du compromis, dans l'art de la gestion du conflit.

Les décisions politiques sont généralement peu expliquées ou mal expliquées aux français. Cela peut expliquer la réticence, la position conservatrice de certains.

Il est essentiel pour l'exercice de la politique qu'il y ait total accord, cela est de plus impossible.

A cause de notre liberté de conscience universelle, la morale ne peut affaire de politique. De plus, la morale peut être propre à chaque être.

La politique ne serait donc pas un facteur de morale.

Et la religion ?


Une concilation entre l'activité politique et croyances religieuses doit s'opérer.

Lors du moment du vote, on pourrait s'attendre que les autorités religieuses se prononcent.

La politique nous permet de nous sortir de la lutte, de la guerre.
Elle nous permet de vivre ensemble.

Mais sa vocation n'est pas " la loi de l'amour", ce n'est pas l'Eglise.

Par exemple, la politique peut établir la solidarité ("egoisme à plusieurs" selon André Comte-Sponville). Le chrétien ne peut se contenter de la solidarité, il doit prendre en compte les intérêts des autres au dépendparfois de ses intérêts.

 
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