Le Blog de l'Aumônerie Etudiante du Mans
« Etre bien-aimé »
Henri NOUWEN
Depuis que tu m'as demandé d'écrire, pour toi et pour tes amis, un livre sur la vie spirituelle, je me demande s'il y a un mot que j'aimerais que vous reteniez après la lecture de tout ce que j'ai à dire. Au cours des dernières années, un mot a émergé des profondeurs de mon coeur. C'est le mot « bien-aimé », et je suis convaincu qu'il m'a été donné pour toi et pour tes amis [...] Oui, il y a cette voix, la voix qui vient d'en haut et de l'intérieur, qui murmure doucement ou proclame fort: « Tu es mon bien-aimé, je mets en toi toute ma joie. » Il n'est certes pas facile d'entendre cette voix dans un monde rempli de voix qui crient: « Tu n'es pas bon, tu es laide ; tu ne vaux rien ; tu es méprisable, tu es insignifiant... à moins que tu arrives à prouver le contraire! »
Ces voix négatives sont si fortes et si persistantes qu'il est facile de les croire. C'est le grand piège, le piège de se déprécier soi-même. Au fil des ans, j'en suis venu à prendre conscience que le plus grand piège, dans notre vie, n'est ni le succès, ni la popularité, ni le pouvoir, mais l'autocritique destructrice [...] se déprécier soi-même.
Tu te crois peut-être davantage tenté par l'arrogance que la dépréciation de toi-même. Mais l'arrogance n'est-elle pas, en fait, l'envers de la dépréciation de soi? [...] L'arrogance et la dépréciation de soi nous attirent toutes deux hors de la réalité de l'existence et font de nous des personnes très difficiles à rejoindre. Je sais très bien que derrière mon arrogance se cache beaucoup de doute sur moi-même, tout comme il y a beaucoup d'orgueil caché dans mon autodépréciation. [...]
La dépréciation de soi est le plus grand ennemi de la vie spirituelle parce qu'elle vient en contradiction avec la voix qui nous dit: « Tu es mon bien-aimé. » Etre le bien-aimé est la vérité centrale de notre existence. [...]
Cette voix a toujours été là, mais on dirait que j'étais toujours plus empressé à écouter les autres voix, plus fortes celles-là, qui disent: « Prouve-nous que tu vaux quelque chose ; fais quelque chose de significatif, de spectaculaire ou de puisant, ensuite tu auras mérité l'amour que tu désires tant. » Entre-temps, la voix douce qui parle dans le silence et la solitude de mon coeur restait présente, sans que je l'entende, ou du moins sans qu'elle réussisse à me convaincre.
Extraits de Lettre à un ami sur la vie spirituelle, de Henri Nouwen
<!-- @page { margin: 2cm } P { margin-bottom: 0.21cm } -->